Impacts socioéconomiques de la baisse des transferts privés provenant de la diaspora durant la Covid-19

Depuis tantôt 30 ans, les transferts de fonds de la diaspora occupent une place importante dans le financement de la consommation et aussi des importations. Étant donné notre balance commerciale déficitaire, ces transferts de fonds constituent un atout majeur pour équilibrer notre balance des paiements.

Parmi les importations et l’aide au développement que bénéficie Haïti, les transferts privés constituent la principale source de devises, ces derniers représentaient déjà plus de 50 % de l’offre de devise en Haïti avant 2007. Ces transferts privés sans contrepartie, c’est-à-dire, l’argent que reçoit un résident de l’étranger sans la fourniture de biens et services, peuvent être considérés comme une bouffée d’oxygène pour l’activité économique pour plusieurs raisons dont nous pouvons en considérer deux.

Tout d’abord, ces transferts augmentent l’offre de devise dans le pays et garantissent une certaine stabilité de la valeur de la gourde, autrement dit une appréciation de la gourde, bien entendu, en temps normal.

Ensuite ces transferts constituent une source de revenu pour les chômeurs en Haïti. Cela les permet tant bien que mal de participer à l’activité économique que ce soit pour prendre soin d’eux-mêmes (consommation), ou de mettre une partie à la banque (épargne).

Il va sans dire avec la crise sanitaire (Covid-19), où il y a confinement, la diaspora est en difficulté de continuer d’envoyer de l’argent en Haïti et cela a certainement une répercussion sur l’économie, la gourde en paie les pots cassés.

Un rapport du Think tank Inter- American dialogue – basé aux États-Unis et parut en mars 2020 intitulé « Migrants et impact de la pandémie de Covid-19 sur les envois de fonds » – met en exergue l’impact de la baisse des envois de fonds pour les pays tels que : Haïti, le Venezuela, le Nicaragua et le Honduras, des pays dépendant davantage des envois de fonds et où les performances économiques sont plus faibles, devraient être les plus touchés par cette période de récession.

Les données en disent long…

Selon les données, de 2010 jusqu’à ce jour, Haïti a déjà reçu plus de 20 milliards de dollars comme transferts privés sans contrepartie. Cette quantité importante sur une période de 10 ans, le taux de change d’alors était de 40 gourdes pour 1 dollar, la pression inflationniste était de l’ordre de 4,7 %, notons qu’à ce moment-là Haïti recevait beaucoup de devise de l’étranger. En 2020, soient 10 ans après, la situation a empiré. Les transferts ont diminué le taux de change grimpe chaque jour et une inflation avoisinant les 20 %. Le pouvoir d’achat des consommateurs tend à diminuer considérablement. Le poids du transfert des Haïtiens de la diaspora dans la richesse locale augmente d’année en année (plus de 30 % en 2018). Cela prouve non seulement que le pays est de plus en plus dépendant des transferts mais aussi le fait que nous n’arrivons pas à utiliser ces fonds dans la production nationale. L’argent que l’on reçoit de l’étranger sert uniquement à l’importation. En d’autres termes ces transferts n’ont pas un impact direct sur la production nationale.

L’importance de ces transferts

Les transferts venant de l’étranger finance la consommation aide à la subsistance des familles haïtiennes, car en Haïti il n’y a pas une seule famille n’ayant un proche à l’étranger soit aux USA au Chili, en France, au Brésil, etc.

Considérons le cas d’un chômeur « Ti Pyè » qui a son oncle ou sa tante qui lui aide financièrement chaque mois. Cela permet à Ti Pyè de se procurer de ce dont il a besoin et, de fait, quoiqu’au chômage, il continue d’avoir un revenu avec lequel il peut consommer et épargner. Cet exemple peut être généralisé pour comprendre l’importance de ces transferts pour l’activité économique.

Ces transferts de fonds aident surtout aux chômeurs à participer à la vie économique, en dépit de l’inflation (20 %).

Effets directs de la crise sanitaire sur l’économie

Avec l’apparition de la Covid-19 Aux USA, en République Dominicaine, en France, au Chili et au Brésil, lieux de résidences de la majorité des migrants haïtiens et avec les mesures de confinement prises par les autorités de ces pays, les transferts ont diminué considérablement.

On a donc constaté une hausse du taux de change, le taux passe de 95 gourdes pour 1 dollar en mars 2020 à presque 110 gourdes pour 1 dollar juin 2020. D’après la loi de l’offre et de la demande, plus la demande pour un bien augmente plus il est cher en supposant que l’offre soit constant. Autrement dit, plus l’on a besoin de dollars soit pour payer les produits importés ou pour spéculer, plus il faut payer cher pour sa détention. Cela explique clairement la montée du taux de change ces derniers jours.

Cette situation a donc une répercussion sur l’activité économique, les prix des produits alimentaires augmentent sans cesse avec le cours du taux de change, évidemment ce sont des produits importés.

L’impact de la Covid-19 en Haïti se fait sentir. L’économie est en berne. Les envois de fonds vers Haïti ont diminué. Cela ne fait-il pas voir que le gouvernement devrait utiliser cette situation pour investir plus dans la production agricole et faire une meilleure allocation des ressources quoique peu suffisantes ?

Lovenski Elie CLERVIL, Économiste, Entrepreneur

https://lenouvelliste.com/article/214447/covid-19-haiti-parmi-les-pays-les-plus-touches-par-la-baisse-des-transferts-de-la-diaspora

https://www.google.com/amp/s/www.populationdata.net/pays/haiti/amp/Sources: BRH, IHSI, rapport Thank Tank

https://blogs.worldbank.org/fr/voices/preserver-les-envois-de-fonds-des-migrants-malgre-le-coronavirus

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