De l’éducation à Haïti: entre prise en charge des enseignants et une politique générale commune pour les apprenants, l’État haïtien se perd.

L’éducation reste et demeure un des grands axes prioritaires de tout État rationnel. Dans son texte Éducation et Sociologie, Durkheim (1922) souligne que : « chaque société forge un idéal de l’homme, de ce qu’il doit être tant sur le point intellectuel, physique et moral ». Selon lui, cet « homme modèle » se crée à travers l’éducation. Ainsi, vu l’importance de cette dernière, il est primordial aux États de définir un système éducatif conformément à leurs projets de société, tout en considérant les idées proposées par les chercheurs en sciences humaines et sociales.

Dans la traversée historique de l’éducation haïtienne, l’aspect politique prime encore sur l’aspect technique. Marquée d’instabilités, tantôt par des crises socio-économiques tantôt par des luttes civiles et politiques, les programmes visions et stratégies pour une éducation pour tous selon les normes législatives varient au même rythme des successions des pouvoirs politiques.

Toutefois, afin de comprendre l’affaissement de l’État à travers l’éducation, nous appuyons nos analyses sur une approche diachronique montrant non seulement le manque d’implication de ce dernier pour une éducation de qualité et accessible à tous, mais aussi les dégâts considérables dont souffre Haïti à cause de la transmission d’une éducation au rabais.

 Conception de l’éducation et attributions de l’État

Le système éducatif haïtien comprend les institutions formelles qui sont l’école et l’université. Par définition, l’école se veut un établissement dans lequel on fournit un enseignement susceptible de procurer aux apprenants des connaissances pouvant les aider à construire leur avenir. Cependant, compte tenu de la crise interminable que confronte le système scolaire haïtien, nos inquiétudes se multiplient face à la mission nette de l’école. De ce fait, nous allons soulever certaines causes majeures révélant comme étant handicaps à la bonne marche du système scolaire haïtien.

Dans une perspective socio-équitable, l’État haïtien renouvèle à travers les doctrines juridiques l’importance du droit à l’éducation et en même temps, réitère son obligation de le garantir à travers les articles 32, 32.1 et 32.2 de la Constitution de 1987 qui disposent respectivement que : – L’État garantit le droit à l’éducation. – L’éducation est une charge de l’État et des collectivités territoriales. – Il doivent mettre l’école gratuitement à la portée de tous, veiller à la formation des enseignants des secteurs publics et privés. La première charge de l’État et des collectivités territoriales est la scolarisation massive.

Cependant, jusqu’à date, nous pouvons constater qu’à Haïti malgré les provisions légales que prescrit la législation, l’État a encore du mal à instaurer un système éducatif adéquat. En ce sens, plusieurs questions nous interpellent : pourquoi l’État n’arrive-t-il pas à définir une politique d’enseignement unique à travers toutes les institutions scolaires du pays ? Peut-on parler d’éducation sans une bonne prise en charge des enseignants ? Qu’en est-il de l’application de la loi sur les frais de scolarité publiée en janvier 2017 favorisant la scolarité de tous ?

Dans le domaine d’éducation scolaire et plus singulièrement dans le processus d’enseignement et d’apprentissage, l’enseignant occupe une place importante dans la vie de l’apprenant. Ce qui implique que les enseignants à tout prix doivent être traités de manière particulière, puisque la tâche d’instruire et de former toute une génération leur revient.  Mais, à Haïti, on vit une autre réalité. Le vécu des enseignants haïtiens témoigne de rudes difficultés : l’absence de formation continue, le manque de reconnaissance sociale, les mauvaises conditions de travail, un mode de salaire irrégulier et non proportionnel au travail fourni, les retards sur les rémunérations, entre autres. D’autres en plus, il ressort que l’État haïtien a d’excessives difficultés à mettre en œuvre une politique de salaire satisfaisant au profit des enseignants. Le peu de ressources financières allouées à l’éducation fait que les enseignants n’ont pas une rémunération convenable, proportionnelle au travail fourni. Certains enseignants ont l’habitude de passer plus de 12 mois sans être rémunérés ; ce qui explique des fois leur présence à travers les rues, protestant leur chaotique situation. Face à ces réalités, nos interrogations se multiplient : la transmission d’un quelconque savoir, est-elle possible dans un contexte socio-économique, où les enseignants n’ont même pas de quoi vivre ? De quelle d’éducation possible parle nous, si ceux qui sont appelés à la fournir sont les premiers à être défavorisés ?

Les traitements accordés aux enseignants ne constituent pas l’unique handicap de l’éducation à Haïti. Les politiques administratives du secteur éducatif y sont pour beaucoup. Ces politiques sont loin d’être cohérentes et réalistes, ce qui minimise leur chance d’atteindre leur objectif et de réduire les inégalités existantes dans la qualité de transmission du savoir à Haïti. Il existe non seulement un écart entre l’enseignement fourni aux écoles privées et celui des écoles publiques, mais également la non-application du décret du 13 janvier 2017 portant sur les frais de scolarité.

Critiques portant sur l’inégalité existant sur l’enseignement fourni dans les écoles privées par rapport aux écoles publiques

parce que l’État prend rarement en compte la gestion du programme d’enseignement, du temps d’apprentissage et des stratégies pédagogiques sied une grande différence entre le niveau d’un élève fréquentant une institution privée et celui d’une institution publique.

Dans un pays où l’État n’a pas de contrôle sur le modèle d’éducation offert aux élèves, on aura un système éducatif basé sur des inégalités de chances de réussite personnelle et professionnelle qui produira au sein de cette société des inégalités sociales débouchant sur toute forme de frustrations. Ce qui constitue l’échec de l’État, mais également la faillite de l’école à sa mission première. Puisque, la première responsabilité de l’école envers la société, c’est que tous les apprenants soient traités dans une dynamique d’équité, de chance de réussite et de justice sociale commune.

En janvier 2017, la loi relative aux frais de scolarité votée en assemblée nationale a été validée par le président Jocelerme Privert.  Parue dans Le Moniteur, cette loi dispose que les frais de scolarité doivent être versés en monnaie locale ; interdisant aux écoles de demander des frais supplémentaires pour les réinscriptions et limite le montant du dépôt de garantie à cinq-cents (500) gourdes. Ces mêmes frais de scolarité sont destinés à assurer l’accès à l’eau potable, l’électricité, les matériels didactiques, la sécurité.

L’esprit de cette loi est considéré comme un instrument efficace pour protéger les parents contre les frais de scolarité excessifs et réduisant les obstacles à l’accès à l’éducation.

Beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés et les tarifs des frais scolaires sont exorbitants, mais où est passée l’autorité de l’État ?

L’existence de différentes catégories d’écoles et différentes catégories d’enseignants à Haïti qui forme le citoyen à leur manière, le nombre d’enfants non scolarisés ou qui ont décroché faute de moyens économiques montre à clair que l’État est complètement dépassé par la situation.

 Le système éducatif se présente actuellement en opposition avec les aspirations réelles de toutes les couches sociales de la nation. En tant que service public, parait-il, que l’éducation n’est pas une priorité d’État à Haïti. Le Ministère de l’Éducation, remplit difficilement sa mission de gestion, de supervision des écoles et de formations des enseignants et au stricte application du décret portant sur les frais de scolarité, qui depuis 13 janvier 2017 fait partie intégrante de la législation.  À un pareil rythme, rien n’est à étonner en face des conséquences manifestées par : une pénurie de ressources humaines, une baisse significative de la qualité de l’éducation, une perte des valeurs sur tout le territoire, montée des gangs armés et par-dessus tout, une perte totale du contrôle de l’État sur l’éducation à Haïti.

Jessie Mitnive Saint-Preux

Mémorante en Sciences Juridiques

Militante des droits de la femme

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