Lettre ouverte à une sœur qui pleure des jours difficiles qu’elle a connus

Ma très chère,

Je t’écris en cette journée d’octobre si sombre, deux jours après que j’ai appris les atrocités que tu as subies sur le campus de ton université ; en quête de savoirs avec la volonté de te former davantage afin d’être utile à toi-même et à ta communauté.

Ma chère, ces mots sont mes premières pensées adressées à une fille secouée par un acte pareil. J’ai décidé de le faire pour la première fois, parce que je me sens suffisamment forte aujourd’hui après que nous nous sommes rencontrées. Bien que j’aurais aimé que ce soit dans de différentes circonstances. Ce matin, je t’ai rencontrée à travers mon miroir. J’étais élégamment habillée, motivée, remplie de rêves, ambitieuse et pleine d’espoir. Subitement, j’ai pensé à toi. À travers mon image, j’ai vu la tienne. Ce qui veut dire qu’à un certain moment tu étais comme moi, avec cette gaîté, cette chaleur habitée en toi.

Après notre rencontre, je me suis sentie brisée, remplie de colère, de haine et d’amertume envers ce pays et ces dirigeants qui se donnent le luxe de tout nous prendre. Ils s’arrogent le droit de piétiner nos rêves, de voler nos sourires à chaque fois que l’envie leur prend. Cela m’irrite !

Je suis en colère, car, je vois ton cœur et ton corps difficiles à conquérir. Je suis en colère, car, j’entrevois le potentiel illimité d’une jeune fille incroyable, portant sur ses épaules le rêve d’une vie embellie, qui s’est fait prendre une gifle en plein visage. Je pouffe de colère devant l’impuissance de ma voix et celle de ma plume à elles seules. Je le suis encore plus, à force de regarder des jeunes femmes qui ont été dénudées et battues sans que rien ne soit fait.

Cependant, tout n’est pas fini, ma chérie.

Tu es encore une jolie demoiselle, secouée certes par la vie, mais, avec un potentiel capable de réaliser des merveilles. Alors ma grande, essuie tes larmes. Lève-toi, soigne-toi. Fais le nécessaire afin de te donner le sourire. Je n’ignore pas que ce sera le pire des fardeaux à déposer, puisque je ne suis pas sans savoir le type de société dans lequel nous vivons : corrompu, injuste, rempli de méchancetés et de haine. J’aurais aimé à travers ma lettre te dire que les coupables seront appréhendés avec certitude. J’aurais bien aimé te dire que tout rentrera dans l’ordre et que demain tu vas tout oublier. Mais je t’en conjure ma chérie, ne donne pas aux moments noirs de cette vie la chance d’emporter ton charme, ta chaleur, ta vie. Tu es trop jeune et intelligente pour ça.

N’oublie pas que la vie est faite de méchanceté, bien que toi et moi, aurions souhaité que tu ne vives pas ça. Ma grande, à travers mes mots, je t’offre à jamais ma voix, mes plaidoiries et mes plaidoyers, pour qu’un jour, nous cessons de pleurer d’autres sœurs. Sache que je m’en souviendrai toujours des réactions de certains dirigeants d’universités face à cette tragédie. Je pleurerai à jamais les conditions mises en place par l’Etat afin que nous, les femmes, sommes toutes victimes de leur passivité.

Ma chérie, je souhaite par-dessus tout, que tu te reconstruises. Que tu illumines ta vie. Que tu grandisses et que tu brilles. Nous vallons mieux que tous ce que ces malfrats (pouvoir en place, opposition, bandits, MCFDF) auront souhaité que nous devenons.

Je suis toi, je suis avec toi, je me bats pour toi. Je t’aime chère sœur.

Jessie Mitnive Saint-Preux

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