RADOTE est le titre du recueil de poèmes écrit par Florestal le Moine, paru aux Éditions Lanbi en mars 2022. Une toute première publication en langue créole haïtien du poète qui confirme son savoir-faire. Dans une quatre-vingtaine de pages, l’auteur déshabille son cœur en levant le voile sur ses sentiments pour la femme et la beauté. Il n’hésite pas aussi à exprimer son amour pour la nation haïtienne. Ce bouquet d’amours déposé sur la grande table des grands du XXIe siècle marquera certainement les esprits pendant longtemps. Le recueil se veut une véritable rivière en furie d’émotions qui emporte tout, que le poète lui-même ne saurait retenir.

« Cheri m renmen w

San konje ni vakans

M renmen w

An doub vakasyon

Maten ak aswè »

« Cheri lavi bèl wi

Men se lè je m chape

Li tonbe anba wòb ou »

Toutefois, l’auteur ne se montre pas inconscient de la situation précaire et inquiétante de son pays. Il parle non seulement de son amour pour ce dernier, en plus, l’auteur casse l’ambiance et fait ressentir une douce douleur aux lecteurs de temps à autre :

« Ayiti tap fin rich

Si Leta te pran taks sou sèkèy

M konprann kòman lajounen sòt

Se depi lè m fin aprann lannuit fè nwa

Se pou l ka gade w lè w toutouni »

« M rele l repiblik grimas

Repiblik san palè, san channmas

San minis, san prezidan

Repiblik la pa repiblik

Nou pran nan repiblik bò katedral »

Dans le calme flexible d’un après-midi, autour d’un verre, le poète nous livre des petits secrets autour de son œuvre.

Le Firmin : Qui est Florestal le Moine ?

Florestal le Moine : Florestal le Moine est un prétexte. Un prétexte pour exister doublement. La vérité, c’est que je suis né Florestal Fleurimond. « le Moine » me permet de fuir le nom de mes ancêtres et fait de moi le disciple des belles lettres que voici aujourd’hui. Florestal le Moine est ce personnage ayant fait voeu avec la littérature, un contrat viager. C’est d’ailleurs l’imagination son monastère, et l’écriture sa religion.

Existe-t-il un fossé entre Florestal Le Moine et Florestal Fleurimond ?

Florestal le Moine est une autre conscience, et est, en ce sens imprévisible, fantasque. C’est le faiseur de textes et de pensées. C’est aussi l’auteur de Radote. Florestal Fleurimond, quant à lui, est un diplômé en administration des affaires, un professionnel dans le domaine de la comptabilité.

Des désaccords entre Fleurimond et Le Moine ?

Oui, tout le temps. Ma vie professionnelle m’exige souvent des choix qui sont contraires à l’épanouissement de la vie artistique. 

Parlez-nous de votre rencontre avec la poésie.

Ma rencontre avec la poésie vient après celle que j’ai eue avec la sensibilité suivie de la nécessité de m’extérioriser.

Ce jour-là, je parle bien de celui où le fait était accompli, je m’étais réveillé avec un poème entier dans la tête.  Un texte érotique… que j’ai perdu malheureusement.

La vérité, c’est que je suis un enfant peu bavard.  D’ailleurs, je le dis tout le temps, j’écris mieux que je parle.  Et quand on ne parle presque pas, eh bien, on réfléchit beaucoup plus.  Alors, j’avais la tête pleine d’idées.   Beaucoup d’évènements, de beautés et d’expériences m’ont chevauché. Je me suis trouvé alors avec la plume comme seule bouche, seul exutoire me permettant d’exorciser mes démons.

Quel est donc le but de votre art ?

Séduire. Ce mot, pour moi, porte le sens d’amener les autres à moi.  J’écris pour partager mon monde et faire boire mes émotions, mes états d’âme.  Je désire donner ou proposer à ce monde une autre vision de lui-même avant de m’en aller loin d’ici. Et pour ça, je crois que la séduction est indispensable. Radote n’est qu’un début. Florestal le Moine, c’est beaucoup plus que ça et vous aurez grand plaisir et incommensurable étonnement de le découvrir si gigantesque… c’est une promesse !

Pourquoi RADOTE ?

Cette question comporte deux sens : en premier lieu, le mot « Radote » peut y jouer le rôle d’un nom propre pour le recueil et, en second lieu, juste un mot qu’il nous faut analyser. En tout cas, souciant de faire d’une pierre deux coups, je répondrai que c’est pour répondre à l’envie de proposer une nouvelle identité et un nouveau visage au mot Radote. Ensuite, c’est pour le soin de placer le verbe (la parole) au rang d’action plutôt que de le laisser sur le banc de l’oisiveté sur laquelle le sens populaire jusque-là connu et reconnu l’avait cloué. Le mot Radote, parce qu’il a été rebaptisé par l’œuvre, est aujourd’hui le premier acte qu’il faut poser pour participer au monde nous environnant.

Quelle est donc la pertinence de Radote ? Remplit-il uniquement la fonction lyrique de la poésie ?

C’est à la fois ça et autre chose… il y a plus encore. Radote, c’est moi et les autres ; moi se cultivant dans l’autre. Il s’agit d’un acte de charité et d’altruisme et, en ce sens, a été conçu de telle sorte qu’il puisse parler de son auteur et pour son auteur, mais aussi de l’autre et pour l’autre.  Pour moi, le lyrisme est l’une des meilleures façons de se mélanger.  Ma première personne du singulier est un outil me permettant d’emmener le lecteur à faire corps avec moi, qu’ils s’identifient, lui et tout ce qu’il transporte d’émotions et de vertiges, en mes propres états d’âme.  Voilà pourquoi je parle du « je » que j’utilise comme le moyen le plus coquin de parler de « nous ».

Dans votre ouvrage, quel est le titre du texte qui vous tient vraiment à cœur ?

Je porte envers Radote l’amour que ma mère voue à ma personne.  Cet amour est, en même temps qu’ineffable, indissociable. Radote est donc à mes yeux une pièce unique (comme un seul texte ou un seul titre). Il s’agit de moi et les autres à la fois. Comprenez là que pour moi, je parle d’un entier sans décimale ni possibilité d’être divisible.

Peut-on dire qu’il y a trois phases distinctes dans la vie du poète ? Celle où il est ouvert à la vie et à l’amour. Celle où l’amour de sa patrie l’emporte sur son amour pour sa conquête. Celle où plus rien ne compte à ses yeux ?

Je suis quelqu’un qui n’arrive pas à se comprendre. Je suis à mes yeux mon propre défi. Puisque l’on reconnait l’arbre à ses fruits. Je cherche à me connaitre par mes actes, mes accomplissements. Tout ceci pour vous dire que je ne sais pas si je suis le mieux placé pour parler de moi, de ma vie. Et le peu que je sache à propos de ma personne me dit que je suis maladivement amoureux de la femme et de ma nation (je souligne le mot nation que j’utilise à la place de pays ou patrie). Et ces deux amours, je ne me rappelle pas les avoir vus en chamaille. D’ailleurs, au tréfonds de moi, autre qu’être un pays, Haïti se dessine plutôt comme une femme : peau de la nuit, front orgueilleux, poitrine en ressort, Pilbowo aux fesses tout comme ses filles.

Pour la dernière question, il existe vraiment une phase dans ma vie où, quoique tout y tienne toujours leur or et leur éclat, je ressens que, moi, je ne compte pas.

Notre rencontre avec le poète Florestal Le Moine nous fait comprendre combien il est important de laisser libre cours à la parole. Le poète s’est exprimé librement sans être interrompu comme le font souvent les enquêteurs lors d’un interrogatoire. Pour conclure, il est urgent de se laisser entrainer dans la quête d’amour que nous invite le poète.

Propos recueillis par Rood Inley MICHEL

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