« M te vin jwenn peyi a konsa, m ap kite l konsa. M pap vin fè nèg tire m pou vye djòb Leta ». Ce que Machòkèt n’avait pas dit dans cette œuvre de Dalembert.

Louis-Philippe Dalembert, né à Port-au-Prince, est écrivain, essayiste, poète, romancier et nouvelliste. Il a publié des œuvres célèbres qui sont traduites en diverses langues : Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme ; L’autre face de la mer ; L’île du bout des rêves ; Le Songe d’une photo d’enfance ; Carrefours dangereux …

Carrefours dangereux est ce livre publié en 2014, par C3 éditions, portant un réalisme haïtien actuel, très poussé. C’est le sens du devoir qui est questionné dans son livre. Si l’enquête est sur le point de démontrer que l’État est impliqué dans une série de meurtre, est-ce que l’enquêteur doit reculer ou persévérer ? On fera, dans ce commentaire, un résumé de l’histoire ; ensuite on verra comment Dalembert porte le sens du réalisme comme chez Balzac ; Stendhal ; Jacques Stephen et Jacques Roumain.

Machòkèt est inspecteur de police dans la zone métropolitaine. Loyal, intègre, expérimenté, le policier mène avec professionnalisme, même les enquêtes les plus compliquées. Mais cette enquête de carrefours dangereux sera peut-être la dernière.

L’inspecteur rassemble les éléments d’un puzzle d’une affaire de meurtre en série, d’individus calcinés, transformés à moitié en bœufs. Sept assassinats en sept semaines. Machòkèt progressait dans son enquête, déterminé. Mais il semblerait que le commissaire n’était pas dans cette même disposition de l’inspecteur. Il disait même à Machòkèt qu’il faisait son métier que pour vivre.

« Salut le messie », s’adressa le commissaire.

L’inspecteur exprimait rapidement sa frustration suite à cette appellation du commissaire.

L’inspecteur progressait encore malgré tout dans son enquête et commençait par rencontrer des suspects importants. Comme par hasard, une jeune dame douteuse, qui a été présentée par un haut fonctionnaire à l’inspecteur : Elle s’appelle Luz.

L’inspecteur, avec intelligence, repérait des incohérences dans les dires de la dame, dès la première rencontre, à une soirée organisée par l’ambassade du Canada ; jusqu’à trouver un lien entre elle et l’enquête, au fil du temps. Ce qui va mettre Machòkèt sur de bonnes pistes, mais du coup, dans des carrefours bien dangereux.

Elle disait que son ONG fournissait des soins de santé aux démunis, ce qui va s’avérer faux un peu plus tard. Car, c’est tout le contraire, ses activités étaient illicites et utilisaient des cobayes humains (Recherches pharmaceutiques). Ce qui a impliqué tout un gang gouvernemental. De là, on comprend mieux pourquoi on retrouvait les cadavres, moitiés brûlés, chaque semaine, à la capitale.

Et sur le point de tout prouver
«Porté par la musique, Machòkèt ne se rendit pas compte de ce qui était en train de se passer. Le reflet argenté, sur sa gauche, de l’arme au bout du bras tendu le ramena à la réalité. Le temps de dégainer à son tour, les passagers assis à l’artiste des deux motos avaient fait feu…» p.45

Ainsi se termine la brillante carrière de l’enquêteur.

Le réalisme chez Dalembert
« Le roman est comme un miroir que l’on promène le long d’un chemin ». Stendhal

Avec tout le sens artistique nécessaire, Dalembert a ramené cette réalité à la nouvelle. Le réalisme est cette représentation, quand même imaginaire, qui arrive à exposer la réalité et peindre un tableau de l’époque (Mœurs, défauts, culture …) Dans « Carrefours dangereux », l’écrivain a radiographié la société haïtienne avec art et courage. La corruption, au plus au niveau de l’État, jusqu’au plus bas, en Haïti, utilise la terreur pour battre son plein. Soit on prend la dictée du vol, de la corruption d’un supérieur ou d’un ancien pour vivre ou on reste loyal et on meurt, assassiné. Si un pays est à ce carrefour si dangereux, alors n’est-il pas une marche suicidaire, contre nous, contre les enfants et le devenir de cette nation qu’on entreprend ? Comme représentation, on voit apparaitre aussi cette méfiance à l’égard des ONG dans le tableau de l’écrivain ; souvent qui font le contraire de la mission divulguée publiquement. Les ONG, ne font- elles pas plus de mal que de bien à ce pays ?
Comme chez Stendhal ; Balzac, Stephen ou Roumain, le sens du réalisme brille comme un soleil chez Dalembert.

Carrefours dangereux est cette nouvelle qui expose une réalité, à la fois ancienne et actuelle, de toute une société ; invitant donc à la responsabilisation sociale et citoyenne. L’indifférence et la bassesse des dirigeants ont toujours donné des résultats catastrophiques, antihumanistes. L’enquêteur, comme Manuel dans Gouverneurs de la rosée, a peut-être choisi le côté de la citoyenneté, du droit et du devoir. Est-ce encore-là le mauvais côté ? À vous de voir …

Pascal APOLLON

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